Julien C.
La fabrique de rêves

« Je peints mes tableaux comme un acte d’appropriation de la réalité. Je presse ce monde merveilleux et stupide pour en extraire la poésie et l’absurdité.
Je travaille d’après des images mentales et l’urgence de les transcrire en tableau. Comme dans toute traduction, le chemin n’est pas linéaire, mais c’est bien la distorsion qui se produit par le geste de peindre qui m’intéresse.
Mes tableaux décrivent un monde sans humains et sans objets, sans choses humaines. Leur ambiance pourrait être tant pré-humaine, comme post-humaine, la présence de l’homme étant annoncée, mais jamais énoncé picturalement. N’ayant nullement eu la curiosité ni éducation pour la religion, mon travail est pourtant influencé par des images bibliques : l’apocalypse, le déluge, les apparitions, les lumières divines, l’enfer et le paradis… Par contraste peut être à ses archétypes, je n’ai jamais abandonné les références iconiques qui ont marqué ma jeunesse : la culture urbaine, avec les graffitis, publicité, BD etc. Celles-ci se traduisent avant tout dans mon approche des couleurs, volumes et textures des tableaux. »

Les oeuvres de Julien C. sont des décors de rêves. Son approche est marquée par la porosité entre le décoratif (apatrié à la décoration de l’intérieur et le graphisme) et l’esthétique, en ce que celui-ci joue sur de nouvelles formes sensibles et leur expérience.
L’influence du motif est explicite dans ces tableaux. Le motif pictural n’est pas mis en scène, inscrit dans une narration ou dramatisé. Il ne devient jamais un personnage ou un élément qui pourrait entrer en relation avec d’autres éléments du tableau. Il s’agit du motif tel que l’on identifie sur les répétitions infinies d’un papier peint. Mais le geste de répétition, au lieu d’être simplement la conséquence de la reproduction industrielle, est pris ici comme une stratégie picturale à part entière. Le mouvement du corps du peintre qui exécute les répétitions devient manifeste dans des subtiles différences entre motifs répétés. De là monte la force et le mouvement des tableaux. Mouvement particulier, étant donné que les tableaux ne laissent vivre aucune inscription dans le temps. Les motifs sont là, à plat et se répètent de haut en bas, de gauche à droite.
Ce qui se meut, c’est le volume donné au motif, ressort de la technique graffiti, connue comme « highlight » qui lui donne de la profondeur par le jeu d’ombre sans introduire la perspective stricto-sensu. Ainsi se produit une suspension temporelle, qui pourrait relever d’un instant, comme de l’éternité, on ne saurait trancher la différence. L’artiste évoque sa fascination pour l’éternel recommencement, un renouveau possible et en regardant ces tableaux nous pouvons le suivre dans cette pensée.
Les figures de vagues, nuages, éclairs frôlent ainsi le terrible, le terrifiant, la force imparable de la nature tout en étant, par le même geste stylisés et inscrits dans une histoire culturelle, humaine, rendus familiers, mais pas pour autant moins menaçants.

Julien C.
Fabrication of dreams

“Painting for me is an act of appropriating reality. I press this wonderful and stupid world to try and extract some of its poetry and absurdity.
I work with mental images, with urgency of transcribing them onto the canvas. As in any translation, this path is not linear but it’s precisely the distortion produced by the gesture of painting that interests me.
My paintings evoke worlds without humans or human-related objects. Their atmosphere could be post-human, or pre-human, insofar as the human presence is only announced without ever becoming a clear visual utterance.
I never had any curiosity for religion and haven’t received religious education, and yet my work is influenced by biblical images : apocalypse, downfall, apparitions, divine lights, heaven and hell. In contrast perhaps to those archetypes I never stopped referring to the cultural images that marked my teenage years: urban culture and its graffitis, advertising, comic strips etc. Those are present above all in my approach to color, volume and texture.”

Julien C.’s works are scenery of dreams. They rest on the distinct porosity between the decorative (associated with the interior decoration and graphic design) and the aesthetic-involving new sensible forms and their experience.
The influence of patterns is made explicit. The pictorial motif is never staged, inscribed in a narrative or dramatized. There are no characters or elements that could interact with one another. There are motifs that repeat infinitely, just like patterns on wallpapers. However, instead of being the consequence of industrial reproduction, the repetition here becomes a pictorial strategy in its own right. Painter’s repeated gestures manifest themselves in the subtle differences between the repeated patterns. These slippages give force and movement to the paintings. Movement of particular kind, as these paintings don’t allow for temporal development. The patterns are just there, repeating, from top to bottom, from left to right.
What does move is the volume and the texture, achieved through « highliting », technique borrowed from graffitis. This is what gives depth without creating perspective per-se. The effect is one of temporal suspension that could touch on an instant, as much as on the eternity. And indeed, the artist himself refers to his fascination with eternal recurrence and a possibility of renewal. Circularity of the sort, that is apparent in his images of waves, clouds, or lightnings: they verge on the terrible, terrifying, unstoppable force of nature, while simultaneously being stylized and inscribed in a cultural history, made familiar and humanized without however loosing a touch of menace.